Lucien Aaron.Photo affixée à une fiche d’identification (Préfecture de la Somme, (1942), Arch. nat.. AJ 38 5787
Pendant toute l’Occupation, les autorités ont considéré Renée Tellier, la femme de Lucien Aaron comme «aryenne». En conséquence, ni elle ni leurs quatres enfants ne furent assujettis aux mesures discriminatoires décrétées contre les juifs. Mme Tellier et leurs enfants ne figurent ni sur le «Registre des déclarations des Israélites» d’octobre 1940 ni sur aucun autre rôle d’ Israélites de la période de la guerre. Trois étoiles jaunes ont bien été distribuées à Lucien Aaron pour qu’il les porte sur ses vêtements après le 6 juin 1942 lorsqu’il paraissait en public, mais aucune distribution d’insignes n’est notée pour Renée Tellier ou pour Marcel, André, Janine, et Paulette Aaron, les enfants. Lucien Aaron fut arrêté lors de la rafle du 4 janvier 1944 à Amiens et transféré à Drancy mais les autres, non. Pendant les quelques semaines au cours desquelles les juifs d’Amiens et de la Somme attendirent leur déportation par le convoy no. 66 vers Auschwitz, Aaron fut sauvé à la derniere minute par cette même présomption de «l’aryenneté» de Renée. L’abbréviation «CA,» code pour «Conjointe Aryenne» a été inscrit sur sa fiche de Drancy au lieu de «B» qui voulait dire «immédiatement Déportable.» Le 31 janvier il fut libéré du camp. On le retrouve à Amiens après la guerre où il prit des responsabilités dans la communauté Israélite qui lutta pour retrouver sa dignité.
Mais si les autorités d’Occupation présumaient «l’aryenneté» de Renée et a posteriori celle de ses enfants ainsi que ceux de Lucien Aaron, la communauté juive, elle, selon ses règles et une tradition plurimillenaire, semble les avoir considérés comme parfaitement juifs. Dans une brève notice publiée dans l’Univers Israélite, un journal qui circulait partout dans le monde juif francophone et qui contenait de temps à autre des comptes rendus sur les affaires des communautés locales, on lit la notice suivante dans le numéro du 24 juillet 1936:
AMIENS – BAR MITZVA
«Devant une assistance nombreuse et élégante, cinq jeunes gens de la communauté ont fait leur bar mitzva. Tour à tour Marcel AARON, André AARON, Max ACKOUM, Jacques HIGNARD et Jacques LEVINE ont chanté leur paracha [portion de la Thora] d’une façon impeccable digne d’éloges des efforts de leurs maítres qui ne reculent devant aucune sacrifice pour que le culte vive dans la belle communauté picarde.» (l’Univers Israélite, 24-07-1936 en ligne sur Gallica)
Sépulture de Lucien Aaron et Renée Tellier. Cimetière de St-Acheul, Amiens. Copyright David Rosenberg.
Selon les règles de la religion juive, on ne permet qu’aux garçons reconnus juifs de 13 ans ou plus de faire leur Bar Mitzva. Et selon la religion on n’était pas considéré juif ou juive que si sa mère était juive. Donc, quand Marcel et André Aaron ont fait leur bar mitzva dans la synagogue d’Amiens, il fallait que leur mère Mme Tellier ait déjà été reconnue juive.
Face à cette incongruité, il faut comprendre que du debut de à la fin de l’Occupation, les Aaron réussirent à faire croire aux autorités la présomption apparemment fausse de «l’aryenneté» de Renée Tellier et des enfants Aaron. Au même temps le père de la famille subissait de plein fouet le poids des mesures antisémites …jusqu’au dernier moment lorsque cette fausse présomption finit par lui sauver également la vie !
A sa mort en 1984, à l’âge de 90 ans, Renée Tellier fut inhumée à côté de son époux (décédé en 1976) dans l’ancien carré juif du Cimetière de Saint-Acheul, terrain réservé aux membres de la Communauté Juive. (à suivre)
DR